Ivan Kawun

Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun
Ivan Kawun

« Les historiens de l’art n’en finissent pas d’explorer les sources du passé à la recherche d’indices, de traces ou de témoignages pour étayer leurs hypothèses et explications, justifier un éclairage nouveau ou tenter de révéler les fils secrets reliant des périodes entre elles ou des artistes et leur temps, établir des filiations, des ruptures, des influences. Il ne faut donc pas hésiter, en présentant Kawun encore si proche et pourtant déjà dans l’histoire, à consigner tout ce que l’on connaît de lui, de son œuvre comme de sa vie. »

Sylvie SEBILLOTTE-CLAVEL, Ancienne administratrice de la Sainte Chapelle, de la Conciergerie et des Tours Notre Dame de Paris.

Hommage à KAWUN dans le catalogue de l’exposition au Musée d’Ostrava, République Tchèque – 2011 –

Kawun (1925-2001), dont la construction se situe dans la deuxième moitié du XXème siècle, dans une période où foisonnent et se succèdent de grands novateurs, fait partie de cette génération d’artistes marqués par la guerre et par une formidable envie de vivre et de renverser les règles de l’art moderne. Sa première exposition, de groupe, en 1949 « Les mains éblouies » – titre prémonitoire de son talent et de son émerveillement permanent devant la peinture et la beauté de la vie avec Denise – est un point de départ : il a 24 ans, son engagement pictural est désormais en mouvement et total. Après des années rudes et incertaines, pendant lesquelles ce jeune et courageux fils d’émigrés ukrainiens fait tous les métiers, sa rencontre avec celle qui toute la vie durant le comprendra, le soutiendra et lui offrira l’Auvergne et aujourd’hui encore nous donne l’œuvre à voir, sera déterminante.

Dans les années 50, la couleur tient la place centrale dans la peinture. Kawun organise formes, plans et mouvements uniquement avec la couleur. On dirait qu’il se roule avec délectation dans la peinture : il fait sans cesse varier ses outils picturaux, brassant toutes les références plastiques de l’art qui lui est contemporain, dans un esprit d’invention picturale dont il parcourt la variété, dans une mobilité totalement authentique, sans souci du marché, des modes ou de la critique.

L’attraction de l’art abstrait se transmue en travail de refiguration plastique du monde sensible et naturel qui l’entoure, c’est un nouveau regard créateur sur la toile. Il installe son atelier à Montchanson, se stabilise, et à côté de petits formats ou de dessins, il s’engage dans des œuvres plus monumentales.

Au fond, Kawun opère un renversement contraire au chemin habituel de ses prédécesseurs qui se libéraient avec l’art abstrait de toute référence et contrainte : il se libère lui, au contraire, des aléas d’une libre spontanéité et se réapproprie des formes, en apparence familières, du domaine de la figuration et recrée un monde pictural dont les formes ont des places assignées.

C’est dans les années 72-75 qu’apparaissent les grands bouleversements de son répertoire qui donneront lieu à ces œuvres immenses où Kawun s’approprie alors des références de l’art du Quattrocento, comme s’il fallait relier quelques fils entre des démarches appartenant, certes, à des champs sémantiques éloignés dans le temps, mais se rejoignant dans l’idée de recréer un ordre, après les désordres du Moyen Age comme après ceux des « ismes » de l’art moderne et contemporain et de l’abstraction. Il fabrique ses couleurs à l’œuf, comme les Anciens, il cherche des réminiscences pour soutenir son invention formelle. Il cherche à concilier mémoire collective et création et crée ces formes évocatrices, qui à la fois nous semblent proches et pourtant étranges. Il peint sur des papiers géants qui se déroulent comme une autre vie.

Ce sera la période majeure de son œuvre, l’œuvre de la maturité, son sceau singulier qui va rendre son art signifiant avec son écriture propre, où les foules fantomatiques peuplant des espaces oniriques, imaginaires et reconnaissables à la fois, nous aident à déchiffrer la mémoire de l’art dans une résonnance créatrice.

La place que Kawun occupe désormais dans le contexte de la deuxième moitié du XXème siècle est singulière, car à la fois inscrite dans ce mouvement brownien de l’art et à la fois intemporelle.

Il reste à dire, au-delà de ce qui reste dans la boite noire du « comment »et du « quand », toute la beauté qui nous étreint dans cette promenade de l’œil que nous offre superbement notre ami et grand peintre Kawun ».